Dans l’univers fascinant de la tauromachie, certains noms résonnent comme une promesse d’excellence et de beauté. Celui de Manzanares en fait partie, porté avec grâce par deux générations de toreros dont le talent a illuminé les arènes d’Espagne et d’ailleurs. José María Manzanares Jr incarne aujourd’hui cette continuité d’une dynastie taurine, alliant une technique irréprochable à une présence scénique qui dépasse les seuls cercles de l’aficion.
En quelques points
- José María Manzanares Jr incarne la continuité d’une prestigieuse dynastie taurine espagnole, initiée par son père, figure légendaire de la corrida.
- Le passage de témoin entre le père et le fils, symbolisé par la coupe de la coleta en 2006, illustre une transmission profonde du savoir et de l’art taurin.
- Le style de Manzanares Jr se distingue par une synthèse exceptionnelle entre une technique irréprochable et un sens esthétique poussé.
- Le torero a consolidé sa renommée par des triomphes historiques dans les arènes majeures de Séville et Madrid, ainsi qu’à travers ses prestations remarquées en France.
- Au-delà de l’arène, Manzanares Jr a su intégrer la sphère médiatique et la mode, contribuant à attirer un public plus jeune et urbain vers la tauromachie.
- Sa capacité à moderniser l’image de la corrida tout en respectant ses traditions ancestrales fait de lui un ambassadeur essentiel de cet art face aux enjeux contemporains.
L’héritage d’une dynastie tauromachique espagnole
Une lignée inscrite dans l’histoire de la corrida depuis le XIXe siècle
La tauromachie espagnole est traversée par des figures tutélaires qui ont modelé son esthétique et ses codes. Parmi elles, la famille Manzanares occupe une place singulière. Le père, José María Dols Abellán, dit Manzanares, est né le 14 avril 1953 à Alicante. Sa prise d’alternative eut lieu dans cette même ville le 24 juin 1971, avant d’être confirmée à Madrid le 18 mai 1972. Il atteignit la première place de l’escalafón en 1978 puis en 1984, consacrant ainsi un règne fondé sur la technique et l’élégance. Ce parcours exceptionnel s’inscrivait dans une longue tradition qui remontait aux grands maîtres des siècles passés, de Manolete à Luis Miguel Dominguín, en passant par Manuel Rodríguez, figures tutélaires du siglo XX et d’un art hérité du XVIIIe siècle.
La corrida espagnole a traversé des époques troublées, notamment la guerre civile et la période franquiste, sans jamais perdre son âme. Dans ce contexte historique dense, conservé dans les archives et les bibliothèques nationales qui témoignent d’une culture vivante, les grandes dynasties ont constitué la mémoire vivante des plazas de toros. Le nom Manzanares s’y est inscrit durablement, porteur d’un style reconnaissable entre tous.
De Madrid aux arènes de Paris : la transmission d’un art ancestral
La transmission du savoir taurin de père en fils représente l’une des formes les plus intenses de continuité culturelle. José María Manzanares père s’est retiré des arènes après une corrida à Séville le 1er mai 2006. Lors de cette despedida, c’est son fils qui lui coupa la coleta, geste chargé de symbolisme dans le monde des toros. Cet acte fondateur illustrait la nature du passage de témoin entre les deux hommes. Son rayonnement dépassait largement la péninsule ibérique et touchait aussi les aficionados de Paris et du sud de la France.
La mémoire de ce torero reste vivante dans les communautés d’aficion à travers le monde.
Le style Manzanares : élégance et technique au cœur de l’arène

Une aficion moderne qui redéfinit la tauromachie contemporaine
Né à Alicante, José María Manzanares Jr a grandi dans l’ombre bienveillante d’un père dont le prestige était immense. Sa première saison de novillero remonte à l’an 2000, une temporada où il parvint à couper une oreille à Las Ventas, la mythique plaza de toros de Madrid. Cette performance précoce annonçait un matador promis aux plus grandes heures. Son alternative eut lieu lors de la Feria d’Alicante en 2003, consacrant son entrée dans le monde des corridas au plein sens du terme.
La tauromachie de Manzanares Jr se distingue par une synthèse rare entre puissance technique et sens esthétique poussé à son paroxysme. Sa façon de placer la muleta, de construire une série, de dialoguer avec le toro dévoile un artiste au sens le plus strict du terme. Dans un monde où l’aficion cherche constamment à renouveler ses émotions, il représente ce mariage précieux entre tradition et modernité que les amateurs de spectacles taurins appellent de leurs vœux.

Les grandes performances : de Mont-de-Marsan aux plazas de toros madrilènes
La temporada 2011 reste gravée dans les mémoires comme sa meilleure saison : cette année-là, il triompha successivement à Séville et à Madrid, les deux cathédrales de la tauromachie espagnole. Ces victoires retentissantes, saluées par des oreilles et des tours de piste, confirmaient ce que les connaisseurs pressentaient depuis ses débuts en novillada. Les arènes de Mont-de-Marsan, qui accueillent chaque été l’une des ferias les plus réputées hors d’Espagne, ont également vibré à ses performances, contribuant à inscrire son nom dans le panthéon des toreros qui comptent pour l’aficion française.
Les élevages de Victorino Martín, Núñez del Cuvillo, et d’autres ganaderos réputés ont fourni à Manzanares Jr les toros à partir desquels il a bâti sa légende. La confrontation avec des animaux de Puerto de Santa María ou des corridas piquées témoigne de sa capacité à assumer les risques inhérents au métier, dans la tradition la plus exigeante des spectacles taurins.
Une figure qui fascine au-delà des frontières taurines
L’influence médiatique du torero dans le monde des spectacles
Rares sont les toreros à avoir franchi le seuil du monde taurin pour s’imposer dans la sphère médiatique au sens large. José María Manzanares Jr a su le faire avec naturel, devenant notamment mannequin pour Dolce & Gabbana en 2015 et apparaissant dans les pages de Vanity Fair. Cette double appartenance, aux arènes comme aux podiums, a brouillé les frontières habituelles et attiré vers la tauromachie un public qui n’y serait peut-être pas venu autrement. Sur les réseaux sociaux, il regroupe quelque 150 000 abonnés, un chiffre qui témoigne d’une audience qui dépasse largement les seuls cercles de l’aficion.
Cette visibilité accrue n’est pas sans créer des tensions. Dans un monde où la corrida doit défendre sa légitimité face à des critiques de plus en plus organisées, la figure d’un torero capable de séduire un public jeune et urbain constitue un atout précieux pour les défenseurs de la tradition. Carlos, Juan Bautista, Jean-Baptiste et d’autres représentants de la jeune génération participent de la même dynamique, montrant que les spectacles taurins savent se renouveler sans renier leur âme.

Entre tradition espagnole et rayonnement international
La trajectoire de José María Manzanares Jr illustre parfaitement les enjeux contemporains de la tauromachie. Héritier d’une culture millénaire ancrée dans la société espagnole, il est aussi un homme de son temps, conscient de la nécessité de porter cet art au-delà de ses frontières traditionnelles. De la plaza de toros de Las Ventas à Madrid aux arènes françaises, de la Feria d’Alicante aux corridas de Puerto de Santa María, son parcours dessine la carte d’une passion qui refuse les limites géographiques.
L’histoire de la tauromachie, telle qu’elle se transmet dans les archives de la Biblioteca Nacional ou dans les revues spécialisées qui jalonnent le siglo XIX jusqu’à aujourd’hui, n’est pas un musée figé : elle vit, se transforme, et trouve dans des figures comme celle de Manzanares Jr ses ambassadeurs les plus convaincants. Entre tradition espagnole et exigence d’un monde en mutation, entre l’art de la muleta et la lumière des projecteurs médiatiques, ce torero d’exception continue de tracer son sillon, fidèle à un héritage qu’il porte avec la même élégance que son père avant lui.


















