GUSTAVE FLAUBERT - La femme du monde (1836)
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| “Tu ne me connais pas, frêle et chétive créature ; eh bien écoute. Mon nom est maudit sur la terre ; pourtant le malheur, le désespoir, l’envie qui y dominent en tyrans m’appellent souvent à leur secours. Je me réjouis dans les grandes cités et je dirige mes coups sur les peuples des […]” | |
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Contrairement à ce que s’imaginent les ingénus, on ne s’improvise pas écrivain. Les biographes nous ont appris que Balzac, Proust ou Simenon avaient noirci des rames de papier avant d’entrer pour de bon dans la carrière. Ce volume montre que Flaubert (1821-1880), lui non plus, n’a pas rechigné à faire ses gammes. L’ «idiot de la famille», le fumiste incapable de décrocher sa licence en droit, a tout de même rédigé l’équivalent de 1 200 pages de Pléiade entre neuf et vingt-quatre ans, sans compter les textes disparus. La plupart de ces ébauches se lisent avec plaisir, mais valent surtout par ce qu’elles annoncent. Car tous les livres futurs, sous une forme ou sous une autre, sont esquissés dans les cahiers de l’écolier. Les Mémoires d’un fou et L’éducation sentimentale de 1845 sont à l’évidence des brouillons de la version définitive publiée en 1869. Smar représente la première mouture d’une étrange allégorie à laquelle il consacrera une bonne partie de son existence: La tentation de saint Antoine. On relève une femme mariée abusée par un vulgaire don Juan, des scènes de bal, des silhouettes qui resurgiront dans Madame Bovary. L’attaque célébrissime de Salammbô («C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar») répond en écho à une autre phrase écrite à quatorze ans: «C’était par une folle nuit d’Italie, au mois d’août, à Florence…» Même chose pour Bouvard et Pécuchet, dont les racines plongent dans une pochade d’adolescent: Une leçon d’histoire naturelle, genre commis. Ce gamin précoce ferait presque un peu peur. Sa vie d’adulte est toute tracée: sans laisser la moindre place au hasard des rencontres, elle aura pour unique objectif l’accomplissement de quatre ou cinq rêves d’enfant. Dans une lettre de 1851 à Louise Colet, Flaubert décrivait sa vocation d’écrivain comme une fatalité: «Depuis le temps où j’écrivais en demandant à ma bonne les lettres qu’il fallait employer pour faire les mots des phrases que j’inventais, jusqu’à ce soir où l’encre sèche sur les ratures de mes pages, j’ai suivi une ligne droite, incessamment prolongée, et tirée au cordeau à travers tout.» Des ermites, des diables, de jolies femmes qui s’ennuient, des crétins en pagaille: la distribution est déjà au complet. Il ne manque qu’un petit détail pour que les trois coups puissent retentir. Le déclic aura lieu en 1846, lorsque son esprit sera envahi par une lubie qui le conduira à traquer les répétitions avec un soin maniaque, à soupeser chaque pronom, chaque adverbe, chaque virgule, à composer des romans de 500 pages comme s’il s’agissait de sonnets, à avancer à la vitesse d’un mot à l’heure, selon la boutade des frères Goncourt. C’est en se prosternant devant le Style, et en s’effaçant derrière Lui, que le petit génie de l’Hôtel-Dieu de Rouen devint le géant de Croisset. –Didier Sénécal, ©Lire
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Vendredi 1 Juin 2007 à 14h18
MERCI DE VOTRE TRAVAIL.
je me permet de vous suggèrer d’enregistrer “une modeste proposition” de Swift